19 mars
- 28 mai 2022
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Paris
76 rue de Turenne
75003 Paris France

La galerie Perrotin est heureuse de présenter la deuxième exposition de Nick Doyle avec la galerie et la première à Paris. A cette occasion, l’artiste présente des tableaux-objets familiers sous l’angle de la dérision dans une organisation spatiale frontale, reprenant des clichés exacerbés de la masculinité et une vision sombre des territoires américains oubliés.

Vue de l'exposition "Ruin" de Nick Doyle à la galerie Perrotin, 2022. Photo: Claire Dorn. © Courtesy of the artist and Perrotin
Vue de l'exposition "Ruin" de Nick Doyle à la galerie Perrotin, 2022. Photo: Claire Dorn. © Courtesy of the artist and Perrotin
Vue de l'exposition "Ruin" de Nick Doyle à la galerie Perrotin, 2022. Photo: Claire Dorn. © Courtesy of the artist and Perrotin
Vue de l'exposition "Ruin" de Nick Doyle à la galerie Perrotin, 2022. Photo: Claire Dorn. © Courtesy of the artist and Perrotin

Histoire et peinture de genres, génération d’images stéréotypées et autres modernités que l’artiste californien basé à New-York prend sciemment et objectivement à revers. Ici, le low du sujet défit le high des oeuvres dans un jeu de transfiguration de savoir-faire et de techniques minutieuses, luxueuses, qui engagent le travail de la main, le déploiement d’une virtuosité artisanale sur des registres de formes et formats non conformes. A l’os, cruel, tel un réalisme intransigeant à la Joan Didion, le ready made se fond avec le man-made, dans un désespoir de bleus indigo quasi nocturne, entre chien et loup. Doyle, non sans un ton emprunt d’une satire aigüe, mord les bords dévoyés de notre époque contemporaine, salement entropique.

Ruin, 2022 (détail)

D’emblée, l’on perçoit l’importance du choix des images préalables, "icônes" déceptives ou récalcitrantes, qui chacune prise pour son pouvoir évocateur, est la métonymie ou le storytelling critique d’une culture américaine tournée vers un présent passé. Agrippée à une époque révolue et conservatrice et dont le modèle de réalité  charrie des idéaux éculés. Un cactus épineux, un pinceau oublié sur son fait, un sac poubelle plein, un crayon brisé, une cravate phallique coupée, autant de signaux et emblèmes anodins d’une société matérielle lessivée, paysage tristement domestiqué dont l’a priori repose sur l’éternelle conquête du Farwest et des perpétuations d’un "mythe moderniste".

Doyle dépeint les affres et impasses d’une société en ruines, où artefacts et décors coexistent esseulés dans une prosodie mercantile.

— Mathieu Buard, 2022
Nick Doyle dans son studio à Brooklyn en 2022. Photo: Guillaume ZIccarelli. Courtesy of the artist and Perrotin

Tel un plan large, la série d’objets dresse l’héritage et patrimoine made in the USA dont le cinéma, puis la culture pop se sont saisis. Non loin de Kelly Reichardt, ici Doyle dépeint les affres et impasses d’une société en ruines, où artefacts et décors coexistent esseulés dans une prosodie mercantile. Ses oeuvres parodient les enseignes publicitaires, la cible ou la figure de tir. Là, la question de l’humain demeure l’énigme prépondérante : Si la figure humaine est réellement absente, par correspondances les objets sont acteurs. L’échelle surdimensionnée des oeuvres augmente cet effet corporel, s’y substitue même et interroge le spectateur, en miroir et écho. La consistance individuelle, du cowboy au trader notamment, est mise en question. Si grand et si vainc pourrait-on dire. Outre la démesure des choses qui met en péril la véracité ou la probité de ce qui est vu, l’image objet est détournée, et en l’absence de fond ou de décor stable, le regardeur affronte les abords d’un monde évidé, copier-coller frontal, détouré et plus brutalement encore : il touche le (réalisme) factice. De loin.

De près, en trompe l’oeil, la matière dessine les figures et les sujets de cette anthropologie déliquescente, et paradoxalement par la magnificence des techniques artisanales traditionnelles retrouvent les chemins d’une densité sensuelle, plastique et fondamentalement humaine. Le geste de l’atelier transpire à la peau des objets reconstitués. Les savoir-faire déployés par Doyle sont inscrits dans les crafts et folklores vernaculaires américains, hybridés par nature. Cuir, denim, textiles réassemblés, le montage des surfaces recomposent le vraisemblable de l’image source.

Le jean, textile endémique adoptée en masse par l’Amérique, joue le rôle de matière première, autant terreau que ruine. La marqueterie de textile, centrale dans son travail, présente dans une gamme de teintes polychromes la quête de la restitution de la figure convoquée. Telle une retranscription parente des savoir-faire de la tapisserie où la qualité de la définition se pose, l’enjeu d’une bonne résolution de la traduction, picturale, par les moyens et matérialités d’une écriture textile s’affirme. Ici la marqueterie, faite de ces fragments d’étoffes, toiles de jean assemblées et agencées, cousues et appliquées en une surface homogène reconstitue à la façon inverse d’une sérigraphie, l’imagerie dans le tableau. High fidelity dans le plat de la marqueterie textile, dans le geste précis des intarsias et des accords colorés, dans l’assemblage figuratif. Virtuosité qui fait disparaître la gestuelle au profit de l’atelier, horizontalité joueuse au-delà de l’expression, et qui ajuste l’étrangeté de la frontalité picturale.

Alors, flatland oui certes, mais dans un grand reversement, le bouquet n’est pas la ruine que l’on pense, les matérialités donnent corps et consistance à une superbe, et dans l’exécution et l’intelligence de la main, façonnage et taillage du bois, quilting textile et gainage de cuir circonscrivent et dessinent les sujets d’une anthropologie figurale. Même s’il s’agit d’un pot renveré ou d’un cadenas, faire est humain.

Vue de l'exposition "Ruin" de Nick Doyle à la galerie Perrotin, 2022. Photo: Claire Dorn. © Courtesy of the artist and Perrotin
Vue de l'exposition "Ruin" de Nick Doyle à la galerie Perrotin, 2022. Photo: Claire Dorn. © Courtesy of the artist and Perrotin
Vue de l'exposition "Ruin" de Nick Doyle à la galerie Perrotin, 2022. Photo: Claire Dorn. © Courtesy of the artist and Perrotin
Vue de l'exposition "Ruin" de Nick Doyle à la galerie Perrotin, 2022. Photo: Claire Dorn. © Courtesy of the artist and Perrotin
Nick DOYLE

Né à Los Angeles, USA
Habite et travaille à Brooklyn, USA

Nick Doyle is keenly aware of the legacy of the American notion of Manifest Destiny. Known best for sculptural wall works made from collaged denim, Doyle infiltrates the vocabulary of Americana to examine greed, excess, and toxic masculinity. Doyle uses the road trip—a pillar of American mythology—as a point of entry to his work in order to question the persistence of Rugged Individualism as the fabric of our national identity. Through a series of mechanical miniatures, theatrical scenery, and satirical prop-like denim works, the artist foregrounds the dangers of nostalgia and our evolving relationship to consumerism. Seemingly innocuous, Doyle’s imagery—vending machine, typewriter, cigarette pack—and materials—indigo and cotton—tell a story of American colonialism and consumerism, as well as explore the influence of media on global trade systems. By employing materials that hold cultural significance, the artist both reflects on and critiques social and political agendas that are often at play in contemporary life and visual culture.



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