17 octobre
- 17 décembre 2022
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Paris

2bis avenue Matignon

75008 Paris France

La galerie Perrotin est heureuse de présenter Comment puis-je te dire…, une exposition personnelle de Bernard Frize au 2bis avenue Matignon. Cette nouvelle série de peintures (2022) reflètent la relation complexe et en constante évolution de Frize avec la peinture, l’acte de peindre et ce que signifie être peintre.

Views of Bernard Frize's exhibition, 'Comment puis-je te dire…' (How To Tell You…) at Perrotin Paris. Courtesy of the artist and Perrotin. Photo: Tanguy Beurdeley
Views of Bernard Frize's exhibition, 'Comment puis-je te dire…' (How To Tell You…) at Perrotin Paris. Courtesy of the artist and Perrotin. Photo: Tanguy Beurdeley
Views of Bernard Frize's exhibition, 'Comment puis-je te dire…' (How To Tell You…) at Perrotin Paris. Courtesy of the artist and Perrotin. Photo: Tanguy Beurdeley
Views of Bernard Frize's exhibition, 'Comment puis-je te dire…' (How To Tell You…) at Perrotin Paris. Courtesy of the artist and Perrotin. Photo: Tanguy Beurdeley

Il existe un vaste fossé dans l’histoire de l’art entre peindre la destruction et détruire la peinture. D’un côté, on trouve des oeuvres figuratives bouleversantes comme le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault (1819) ; de l’autre, des toiles physiquement torturées comme les « coups de cutter » de Lucio Fontana (1958-68). Offrant un pont inattendu entre ces deux rives métaphoriques, les dernières peintures de Bernard Frize sont des évocations hypnotiques de la destruction, tant sur le plan pictural que physique.


Les tableaux présentés dans Comment puis-je te dire… (2022) ne sont ni narratifs ni mutilés, mais ils doivent leur création, en grande partie, à une sorte de dégénérescence sanctionnée. On a laissé saigner de la peinture indisciplinée sur les coups de pinceau de l’artiste, compliquant les coups systématiques par des bavures, des coulées et des taches dont les formes floues amorphes suggèrent divers corps célestes. Parvenant à paraître à la fois vibrantes et au bord de la ruine, les douze peintures présentées à la galerie Perrotin Matignon reflètent la relation complexe et en constante évolution de Frize avec la peinture, l’acte de peindre et ce que signifie être peintre.

Depuis plus de quarante ans, Frize travaille par séries, produisant des suites de grandes toiles colorées dans des conditions strictes et prédéterminées visant à exclure l’expression personnelle de sa pratique picturale. La nature spécifique des protocoles de Frize change d’une série à l’autre, mais le concept sous-jacent est toujours le même. Les exemples précédents de modus operandi auto-imposé incluent la réalisation d’une peinture sans recharger le pinceau et le fait de suivre les instructions de quelqu’un d’autre sur la façon de déplacer le pinceau.


Chaque série représente une nouvelle tentative de Frize de saper le rôle traditionnel de l’artiste en tant que décideur (à cette fin, même les titres de ses oeuvres sont générés et attribués automatiquement) et virtuose. Rebuté par les notions de maîtrise, Frize a fait carrière en inventant des moyens de faire de la peinture, du pinceau et de la toile ses collaborateurs. Il en résulte une oeuvre diversifiée de séries produites de manière systématique, dans lesquelles des accidents heureux – gouttes, flaques, tourbillons et rides de peinture, par exemple – sanctifient chaque tableau. Dans Comment puis-je te dire…, le fait de laisser la peinture faire ce qu’elle veut produit des effets à la fois plus explicites et plus exquis que jamais.

Dans les oeuvres précédentes de Frize, les scénarios dans lesquels la peinture agit (ou réagit) selon ses propres termes ont donné des résultats relativement subtils : une traînée sombre errante faite par deux couleurs qui se chevauchent, quelques gouttes laissées par un trait aqueux ou une texture supplémentaire sur la surface causée par un pinceau légèrement surchargé, par exemple. Dans la présente exposition, en revanche, ce type d’« événements » imprévisibles et incontrôlables de la peinture occupent le devant de la scène. Comme pour les séries précédentes, l’artiste a commencé ses dernières peintures avec un pinceau épais trempé dans son mélange caractéristique de peinture acrylique et de résine. En posant le pinceau sur la toile, il a rempli chaque composition de touches contiguës qui créent un arc-en-ciel aux tons de bijoux brillants. Au stade final de chaque tableau, cette toile de fond standard est interrompue – et souvent effacée – par des formes qui ne sont pas « peintes » à proprement parler, mais qui naissent plutôt de flaques, de gouttes, de suintements et d’absorptions de peinture.


Comme une version autoréférentielle automatisée de l’Erased de Kooning Drawing (1953) de Robert Rauschenberg, les oeuvres de Comment puis-je te dire… invoquent la destruction comme un geste créatif essentiel. Mais alors que Rauschenberg a effacé lui-même l’oeuvre de de Kooning, Frize laisse la peinture effacer ses propres traits. La proverbiale « touche de l’artiste » a été remplacée par des formes amorphes inattendues, qui s’inscrivent simultanément comme des taches ou des souillures, mais aussi comme des évocations de l’activité cosmique.

"The subject of my work is not to create processes and rules – they are just ways of doing my work or fueling my desire to work. Painting is a way of exploring ideas and embodying them, so that they can be seen and shared."

— Bernard Frize for Forbes, 2019

Dans Lonea, par exemple, un tourbillon sombre de couleurs mélangées s’est formée au centre de la composition sur un fond multicolore strié. Donnant l’impression d’une force centrifuge, cette forme centrale semble attirer de glorieuses houles de peinture provenant du haut et du bas de la toile, comme un trou noir. Isit, quant à elle, suggère les conséquences immédiates d’une supernova. Ici, le coup de pinceau de l’artiste est à peine visible, ayant été presque entièrement remplacé par des tourbillons marbrés de couleurs pâles sur les bords de la composition. Au centre, un nuage gris et brumeux porte des crépitements électriques de couleur jaune pâle. En plus de fournir une référence visuelle poétique, la comparaison des dernières peintures de Frize aux implosions et explosions célestes se rapporte au processus même par lequel ces oeuvres sont nées. Incarnant une intersection précaire entre création et destruction, Comment puis-je te dire… confirme un lien inextricable entre deux forces ostensiblement opposées.


Bernard FRIZE

Né en 1949 à Saint-Mandé, France
Habite et travaille entre Paris, France et Berlin, Allemagne

Bernard Frize explore depuis plus de quarante ans les enjeux qui sous-tendent la fabrication d’un tableau. Dans le cadre de travaux en séries, il a mis au point différents protocoles afin de saper son propre rôle créatif et d’affranchir ainsi ses compositions de toute dimension d’expression personnelle. Pour Frize, la peinture, la résine, le pinceau et la toile ne sont pas des matériaux à maîtriser, mais des collègues avec lesquels il établit une relation de travail. Si les termes de ce partenariat sont susceptibles de varier d’une série à l’autre, une constante traverse cependant toutes les œuvres : le support lui-même est aussi important que la main de l’artiste pour faire émerger l’image et l’émotion d’un tableau. Subtils dans certaines œuvres et plus manifestes dans d’autres, les gouttes, flaques, tourbillons et amas de peinture que l’on retrouve dans toutes les compositions abstraites, immenses et colorées, de Bernard Frize, témoignent de son rapport anti-auctorial à la peinture. Préférant poser des questions plutôt que d’y répondre, l’artiste invite le public à considérer l’incidence des procédés et des matériaux (l’acte de peindre) sur la forme et le contenu (le résultat de cet acte).



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